Histoire d'allaitement

L’automne au printemps

Pendant que toute la nature se réveillait sous les doux rayons d’avril, chez moi c’était l’hiver. Nous nous sommes cachées, emmitonnées l’une à l’autre. Ton petit corps a tracé sa marque sur le mien telle une empreinte dans la neige. Mes seins ont d’abord été durs et douloureux. Gercés par le froid après la tétée. Mes orteils crispés, j’avais une vague sensation de l’effet d’une langue collée à une glace. J’anticipais chaque boire comme une tempête qui s’acharne et qui dans ses grands vents emportent le peu de courage et d’espoir que ces belles photos d’allaitement sur les publicités me laissaient.

L’hiver a duré 3 mois.

Personne ne m’avait dit que je ne pourrais ne pas allaiter. Alors, entêtée, j’ai rêvé du beau temps. Et petit à petit, nous avons ensemble apprivoisé la nature. Toi ma fille et moi ta terre. La sève a coulé en abondance. Ce fut le printemps. La fleuraison.

Puis l’été s’est installé. Douce. Le soleil au cœur, l’abondance dans les seins, nous avons dansé, guettant les pas de l’autre. Sans voile. Avec l’assurance des grandes chaleurs, tu as bu à mes seins à la vue de tous. L’été a duré plus d’une année avant que, comme un fruit devenu mûr, tu te décroches tranquilement de moi.

Ce fut l’automne au printemps.

À ta demande les boires ont diminué. Les flots de mes seins si généreux autrefois ont doucement cessé.

Ils se sont endormis attendant un autre hiver…

 

 

 

*Crédit photo Mini Sourire (Kathy Corbeil), prise en juin 2011. Lait de poule n'existait pas à l'époque ;)